REGARD SUR LA LITTERATURE AFRICAINE FRANCOPHONE

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Des indépendances avec des auteurs comme Ahmadou Kourouma, auteur de soleil des indépendances à nos jours, l’on est bien en droit, dans une sorte d’analyse rétrospective, de se questionner sur l’évolution même de la littérature africaine francophone.

Nous le savons tous, la littérature africaine dans son ensemble et francophone en particulier a d’abord été orale puis, à la faveur des luttes anticolonialistes et l’affirmation d’un certain attachement aux valeurs culturelles non seulement de l’Afrique noire mais aussi des minorités noires d’Amérique, d’Asie et d’Océanie, s’en est suivi le mouvement littéraire de la Négritude porté entre autres par Senghor et Aimé Césaire.

Si ce mouvement à longtemps dominé la littérature africaine francophone et qu’il continue d’ailleurs de l’impacter, les études montrent que les écrivains ont par moment inauguré de nouveaux genres littéraires avec notamment l’introduction couplée du roman policier et des écrits jeunesses pour compter des années 80. L’on ne saurait non plus occulter les années 70 ou la femme se fait une place de choix avec comme pionnière, Mariama Bâ (Une si longue lettre, 1979).

Ces étapes franchies, l’on va lever le voile sur un mouvement nouveau qui caractérise la littérature africaine francophone du 21ème siècle ; la Migritude qui est un néologisme qui combine « négritude » et « émigration ».

En effet, non seulement une bonne part des écrivains africains francophones vivent à l’extérieur du continent africain et ont donc une expérience de la migration qui influe énormément leurs écrits malgré les réalités toujours présentes du courant de la négritude mais aussi et surtout parce que, n’étant presque pas lus sur leur propre continent, ces derniers écrivent, de plus en plus, pour un lectorat occidental.

Ceci pose la question même du paradoxe qui caractérise l’héritage littéraire du continent et pousse à se poser la question de l’existence d’une véritable littérature africaine qui puiserait ses racines sur le continent, se développerait dans les pays africains pour ensuite connaitre une expansion hors des frontières de l’Afrique.

Lorsque l’on sait que des écrivains de renom tel le Guinéen Tierno Monénembo, le Djiboutien Abdourahman Waberi, le Togolais Sami Tchak, la Sénégalaise Fatou Diome ou encore le Congolais Henri Lopes, ne sont pas assez connus dans leur propre pays et encore moins sur le continent, l’on est en droit de se poser des questions sur la place réelle de la littérature dans la politique culturelle des pays d’Afrique francophone.

Le peu d’écrivains qui publient sur le continent peinent généralement à décoller.  Dans nombre de pays, la culture de la lecture étant elle-même une gageure, peu comprennent l’importance d’investir dans le livre qui, au demeurant, est une véritable source de richesse pour l’intellect.

Le triste constat nous fait aussi réaliser de nos jours que malgré le foisonnement d’une nouvelle génération d’écrivains, la nouvelle garde à très souvent du mal à exister à côté des classiques. Nous nous trouvons ainsi dans une sorte de conflit de générations qui ne devrait pas être et, dans lequel, malheureusement, les écrivains de premières heures, continuent par prendre le pas.

Aujourd’hui, des auteurs comme Yves-Emmanuel Dogbé, Bernard Dadier, Camara laye, David Ananou, Félix Couchoro pour ne citer que ceux-là sont assez connus et lus sur le continent et pour cause dans de nombreux pays, les programmes imposent toujours leurs œuvres à l’enseignement littéraire des établissements scolaires et universitaires. A côté, la jeune génération crée, innove. Elle le fait de fort belle manière mais attend toujours que lui soit tendue la perche. A travers elle, la littérature africaine se modernise mais les politiques culturelles ne suivent pas le rythme.

Pour exister et se développer, la littérature contemporaine à besoin d’être nourrie et il n’y a de meilleure ration pour un auteur que de se savoir lu, surtout par les gens pour qui l’on écrit en l’occurrence, le lectorat francophone d’Afrique noire.

La responsabilité incombe certes aux auteurs eux-mêmes, aux maisons d’éditions, critiques et promoteurs littéraires établis sur le continent, qui doivent constamment viser la qualité, mais aussi et surtout aux décideurs des politiques culturelles qui se doivent de donner de la voix à la nouvelle génération pour ainsi faire cohabiter dans une parfaite harmonie les contemporains aux côtés des classiques littéraires.

Ne pas le faire ou négliger de le faire, pour reprendre les propos de Kangni Alem, «c’est passer à côté d’une vraie occasion de contribuer à renouveler le stock intellectuel des générations appelées à construire demain».

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