littérature

Parlons poésie

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J’ai longtemps hésité avant de me décider à rédiger cet article car tout au départ, je ne cessais de me demander s’il était nécessaire d’éclairer la lanterne de celui qui baigne déjà dans la lumière.

Après réflexion, je me suis laissé convaincre par ‘’mon moi’’ qu’il était fort possible que la majeure partie de ceux que j’estime baigner dans la lumière ne le sont peut-être pas véritablement. Peut être croient-ils juste être suffisamment éclairé et qu’à force d’y croire, ils ont fini par s’en convaincre.

Qu’à cela ne tienne. Eclairé où pas, je m’en vais apporter ma part de réflexion sur le sujet de la poésie, du genre poétique, de son évolution.

Mais d’abord la poésie, qu’est ce que c’est ? N’est ce pas tout simplement l’art d’écrire des poèmes ?

Oui. Mais, la poésie c’est quoi ?

Si la question revient, c’est qu’il me faut approfondir le sujet. La poésie alors, selon la définition donnée par Georges Duhamel – qui est de loin celle que je préfère – ‘’c’est quand le silence prend la parole.’’ Définition corroborée par la pensée de Paul Valéry selon laquelle la poésie n’est tout autre que ‘’le langage dans le langage’’.

Pour moi, la poésie, c’est la magie née de la transcription éloquente et harmonieuse de la pensée humaine.

Pour y parvenir, comment  le poète se prend-il ? Comment parvient-il à donner vie à son imagination et à rendre l’audition de son texte aussi appétissante que peut l’être l’acoustique de chacune de nos chansons préférées ?

Tout tient, je dirai, de la muse. C’est-elle qui décide et nous guide. Nous n’en somme que de simple serviteur. Elle t’oriente vers le ciel, tu lui emprunte le soleil le jour, la lune et les étoiles la nuit et parfois, par magie, tu te surprends à créer des éclipses pour unir dans une même strophe ses deux astres lumineux en un moment donné de la journée.

C’est ce qu’ils ont toujours fait ces poètes. Toujours à suivre les dictats de leur muse qui, au fil des années ont progressivement modelé (je dirai libéré) le genre poétique. Aussi est-il aujourd’hui possible de distinguer la poésie de l’après 14ème siècle de celle du 18ème et du 19ème siècle. L’on est même tenter de catégoriser une certaine poésie du 20ème siècle. C’est dire combien, après son siècle des lumières, la poésie a beaucoup évolué.

Nous connaissons plus les grands noms du 18ème siècle – ‘’les romantiques’’ – qui ont surtout eu le mérite de donner une nouvelle vie à la poésie. En effet, des auteurs comme Victor Hugo, Lamartine, Alfred de Musset, Alfred de Vigny, vont combattre les règles strictes de la codification – qui ont surtout dominé les 15ème, 16ème et une partie du 17ème siècle – pour libérer l’écriture. Désormais, les poètes écrivent en vers libres en utilisant souvent des enjambements*, rejets** et contre-rejets*** tout en restant fidèles à la règle de la rime. Résultat, le monde découvre des vers plus rythmés, plus doux et plus agréables à écouter.

L’évolution ne s’arrêtera pas là. Très rapidement, le poète prendra plaisir à se libérer de la rime. Va ensuite apparaître la poésie en prose (19ème siècle) par laquelle les vers laissent place à des paragraphes.

Aujourd’hui, tous ces genres existent l’un à côté de l’autre selon l’inspiration et le style choisis par chaque auteur.

Cette coexistence n’est pas sans susciter des débats, d’aucun voyant en certains genre moins qualités poétique qu’en d’autres. Ceci du coup à pour mérite de semer la confusion dans l’esprit des amoureux de la poésie. Pour nombre d’entre eux qui restent des passionnés sans en être de véritable experts de la chose, le flou demeure en ce qu’ils ne savent plus ce qui peut et doit être pris pour de la poésie.

La vérité est qu’il n’y a aucunement lieu de s’inquiéter car tous les genres se valent. La poésie n’a d’ailleurs pas finit de livrer ses secrets et sa métamorphose se poursuit. Chaque poème écrit est en effet une nouvelle invention, chaque poète venant avec sa propre perception des choses et un style qui lui est unique. Le plus beau de la poésie n’est-il d’ailleurs pas cette capacité qu’ont les poètes de créer et surtout de créer du beau ?

‘’Ne crains donc, poète futur, d’innover quelque terme en un long poème, principalement, avec modestie toutefois, analogie et jugement de l’oreille, et ne te soucie qui le trouve bon ou mauvais : espérant que la prospérité l’approuvera’’ cette vision de Du Bellay répond à elle seule à toute les questions que vous pourrez vous poser chers amis.

*Enjambement : permet de poursuivre dans un vers une idée entamée dans le précédent

** Rejet : consiste à placer – par enjambement – au début d’un vers un mot ou groupe de mots appartenant au vers précédent et sans lesquels celui-ci n’aura aucun sens.

***Contre-rejet : inverse du rejet. Consiste à placer à la fin d’un vers un mot ou groupe de mots nécessaires à la construction et au sens du vers suivant.